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La chemise conjugale

Coupée dans une toile assez rustique, elle ne devait pas faciliter les rapports entre conjoints, tel était le costume de nuit barbare de nos aïeux.

C’est au XVIII° siècle que les sœurs pudibondes des couvents inventent la “chemise conjugale” destinée au trousseau de leurs jeunes pensionnaires prêtes à marier.

Selon Anatole France, cette chemise de nuit eut différents noms tels que « chemise du père La Pudeur”,  “chemise à faire un chrétien” ou “chemise parisienne”. Elle était dotée d’une ouverture qui permettait aux époux d’assurer la descendance sans pour autant dévoiler les “parties  honteuses”

Emilie Carles en fait mention en parlant de son père dans son roman autobiographique “Une soupe aux herbes sauvages” :
Il appartenait à cette génération qui avait connu les longues chemises de chanvre que l’on ne quittait jamais, même entre époux, même au moment de faire l’amour… Un trou,  “le pertuis”, pratiqué à hauteur du bas-ventre permettait de procéder aux opérations nécessaires sans jamais dévoiler le corps“.

Le commandement de Dieu relatif à la croissance et à la multiplication pouvait ainsi être appliqué, ce qui en ce temps-là était somme toute le but premier des épousailles.

Ce trou était parfois agrémenté de commentaires encourageants comme “Dieu le veut”, non pas pour exacerber la libido muselée par tant de puritanisme, mais pour inciter les plus pusillanimes à pratiquer l’acte commandé par Dieu. Certains modèles plus élaborés étaient équipés de boutons permettant de le fermer momentanément pour faire comprendre au mari qu’il n’était pas opportun de s’aventurer par là à certaines périodes critiques.

Pour l’homme la chemise était dotée d’un “portail” équipé d’un “pont levis” dont on imagine assez facilement le fonctionnement. La taille de cette ouverture était standardisée à “une main sous le nombril”. Cela alimentait les sarcasmes de certaines épouses probablement déçues qui disaient entre elles “Il y a plus de portail que de bétail, ce qui devait provoquer quelques gloussements et rougissements car ces choses-là se faisaient mais ne se disaient pas. Cette tenue de nuit perdura bien longtemps ; ainsi on cite encore en 1952 le cas de cette épouse accouchant de son douzième enfant alors que son mari ne l’avait jamais vue nue…

Nous avons vraiment de la chance d’avoir vu le jour, car il fallait vraiment que nos ancêtres obéissent à leur seul instinct animal de reproduction pour arriver à procréer dans de pareilles conditions.

De par sa position géographique, la ville de Pertuis ou pertus en latin qui veut dire “trouée” au sens de “passage“. Elle a toujours été un carrefour de communication entre la mer et la montagne, voilà le rapport (si je puis m’exprimer ainsi en l’occurrence) entre l’ouverture vestimentaire et cette ville.

Claude Boyer

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