L’étrange histoire des Cagots

Une bien pénible affaire

Vers la fin du règne de Louis XIV, en 1706, à Lialores, un petit hameau au nord de Condom dans le Gers, Laurent et Julie Arboucan vivent un véritable drame hélas bien fréquent à l’époque, leur fille Marie vient de mourir.

Ils s’apprêtent à l’enterrer chrétiennement mais lorsque la dépouille de l’enfant arrive au cimetière une foule rageuse et menaçante leur en interdisent l’accès, pas question que Marie soit ensevelie dans la même terre que les autres habitants de la paroisse.

Un tel refus opposé à des parents éplorés peut choquer mais à l’époque la réaction des habitants du village n’a rien de surprenant.

En effet, Marie et ses parents appartiennent à une population dédaignée restée dans les mémoires sous le nom de « cagots ». Dans bien des cités du sud-ouest, ces personnes pourtant installées depuis des générations et parfaitement chrétiennes, sont l’objet d’un ostracisme ancré, opiniâtre et sans concessions.

Pourtant la seule chose qui différencie les cagots du reste de la population est leur aspect physique. Ils sont de petite taille sans pour autant être nains, possèdent des mains déformées. On leur prête ainsi toutes sortes d’attributs assez particuliers et il est vrai qu’on reconnaît un cagot au premier coup d’œil.

Cependant, en 1683 le pouvoir royal a promulgué une ordonnance pour en finir avec cette xénophobie,  hélas personne ne veut rien savoir et au fin fond des campagnes du sud-ouest l’obscurantisme est toujours omniprésent.

Cependant Laurent Arboucan n’en est pas moins décidé à se battre pour sa fille  et il saisit la justice. C’est une affaire longue et pénible qui débute.

Un ostracisme qui remonte dans la nuit des temps

Il faudra attendre 1710, pour que le parlement de Bordeaux, l’instance judiciaire de cette région, impose l’inhumation de Marie dans le cimetière de Lialores, mais quand Laurent Arboucan viendra à mourir à son tour sa dépouille connaîtra le même sort et il faudra à nouveau faire appel à la justice pour que le pauvre homme puisse reposer en paix auprès de sa fille.

Cette triste affaire illustre la condition des cagots attestent de leur situation depuis cette période.

Depuis le X° siècle les familles cagotes sont sommées de vivre à l’écart en dehors du village. Objets d’un profond dégoût nombre de croyances infondées courent sur eux, ils seraient d’une saleté repoussante, leur haleine serait fétide, certains les accusant même de verser dans des disciplines occultes proches de la magie noire.

On évite autant que faire se peut, de leur parler, de les effleurer, on prétend même que boire dans le même verre qu’un cagot serait mortel.

Des stratégies existent pour contrer le mauvais sort dont ils sont porteurs, ainsi des arrêts du parlement de Navarre leur imposent le port d’une marque d’infamie, un pied d’oie rouge cousu sur l’épaule gauche leur est imposé ; voilà qui rappelle une bien tristement célèbre étoile bien plus récente.

Dans certaines villes les cagots devaient s’annoncer au son d’une crécelle comme des lépreux et interdiction leur était faite de se déplacer pieds nus pour ne pas contaminer le sol.

Bien entendu les cagots ne contractent d’union qu’entre eux, sont affectés à des professions précises souvent en rapport avec le bois ou la pierre.

Cependant ils sont reconnus comme chrétiens, ils ont le droit de se rendre à l’église mais une porte et un bénitier leur sont réservés car le clergé leur a toujours témoigné un certain soutien cependant ils ne reçoivent l’ostie qu’au bout d’une perche ; la population refusant que le curé ne contamine ses doigts.

Mais alors d’où peut venir un tel rejet si profondément ancré ?

Nombre d’historiens se sont penchés sur le sujet et certaines de leurs hypothèses sont assez surprenantes.

Le nom de Cagot est en quelque sorte le terme générique. Dans certaines régions on les appelait les Agotes, les Colibères ou les Jésites.

Ce dernier nom vient directement Guéhazi, personnage biblique : le prophète Elisée ayant guéri un prince Syrien de la lèpre, son serviteur Guéhazi voulut tirer profit de la guérison et réclama de l’argent au miraculé. Mis au courant Elisée le condamna ainsi que toute sa descendance à porter la lèpre.

On suppose qu’ils sont vraiment des descendants de lépreux qu’on obligeait comme eux à vivre isolés. Se mariant entre eux ces lépreux auraient eu des descendants qui au fil des siècles ont gardé les stigmates de la maladie sans pour autant en être porteurs ainsi qu’une dégénérescence physique due à la consanguinité.

Mais ceci n’est qu’une hypothèse médicale qui expliquerait l’aspect physique des Cagots. Il existe d’autres pistes reposant sur des suppositions ethnico-religieuses.

Une hypothèse perdure soutenant que cagot s’est formé par contraction de ca-nes-goth en ca-goth puis cagots par déformations phonétiques patoisantes, car des populations goths repoussées vers le sud par les Francs, se sont réfugiées en nombre à l’intérieur et aux pieds des Pyrénées. Sur leur parcours, ces groupes de Goths ont reçu de la part des habitants autochtones, des noms injurieux.

D’autres pistes plus ou moins farfelues ont aussi eu leur heure de gloire mais en définitive force est de constater que personne ne sait vraiment d’où viennent les cagots.

Les derniers cagots

Leur situation va évoluer mais il faudra attendre le destin d’un homme sous Louis XVI, Bernard Dufresne, fils d’un francilien et d’une cagote qui se hissera dans les cercles du pouvoir jusqu’à recevoir des mains de Louis XVI la charge de directeur du Trésor Public.

Les derniers cagots recensés remontent à 1962, ce sont une soeur et ses deux frères, la famille Dannes à St Jean-de-Luz.

La famille Dannes

Claude Boyer

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