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La Gazette de Passadoc – N° 99

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  • On raconte un peu, beaucoup, passionnément ! …
    Cherchez l’intrus !… Enfantolier… A nostro modo… Le sifflet des montagnards… Avenue du XVe Corps… Autrefois… La bruyère… La cueillette des champignons…
  • Du côté de Abbe.Photo
  • La bibliothèque de Passadoc

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André Abbe

Cherchez l’intrus !

Vous avez trouvé ? C’est le yak bien sûr, au premier plan devant le troupeau, commun dans l’Himalaya, rare en Provence.
En octobre 93, ce jeune avait suivi docilement les moutons sur le mont Mounier, lors du retour des alpages. Adulte il était devenu agressif et Bernard Bellini avait dû s’en séparer.
Précisons que le yak aurait pu se rendre utile. Quand la couche de neige est trop épaisse, il arrive que les moutons ne puissent plus avancer. Et le yak fait alors une trace que tout le troupeau suivra.

Dans ces cas-là, c’est le boulot des solides boucs du Rove beaucoup plus présents que les yaks dans les troupeaux, vous pouvez en voir un ci-dessous équipé d’une superbe sonnaille.

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Dernièrement, un Passadocien m’a demandé qu’elle était la différence entre un cascavèu (prononcez cascavèou) et une sonnaille.
– La sonnaille c’est la grosse cloche, il en existe de différentes tailles et de différentes formes (voir le redon de la photo). C’est l’équivalent de la clarine des vaches en haute montagne.
– Le cascavèu, c’est le grelot, de forme sphérique, porté par les chiens de chasse et les chèvres mais jamais par les boucs.
Il arrive que les bergers en fassent porter à des brebis suitées par leur agneau.
En argot provençal, un(e) cascavèu est aussi une personne qui parle beaucoup, mais c’est un autre sujet…

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Enfantolier

Prononcez “infantoulié”.
En pensant aux cadeaux que je pourrais faire à mes petits-enfants pour la Noël, il m’est revenu à l’esprit un mot qui a disparu du vocabulaire du français tel qu’on le parlait autrefois, c’est-à-dire riche de mots du provençal.

À propos d’un homme qui aimait jouer avec les enfants, prendre soin d’eux, les amuser, on disait qu’il était “enfantolier”. Je croyais qu’il s’agissait d’un mot de mon village mais non, je l’ai trouvé dans le Trésor du Félibrige, le précieux dictionnaire en deux volumes de Frédéric Mistral.

Le mot ne s’applique pas aux dames, elles sont “enfantolièras” de naissance ! Les hommes enfantoliers de la génération de mes parents représentaient une faible minorité. L’éducation des enfants était une affaire de femmes, les hommes avaient mieux à faire, et quand ils intervenaient, le plus souvent c’était pour réprimander, le bâton et la ceinture n’étaient jamais loin…

D’un garçon qui aimait être cajolé, on disait qu’il était “manèu” ou “manèla” pour une fille. C’était un brin péjoratif ; à l’époque le bien-être des enfants était moins prioritaire qu’aujourd’hui.

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A nostro modo

Les langues n’ont pas de frontière ! D’un côté et l’autre de la frontière italienne, on parle occitan.

12 vallées d’Italie
Dans les hautes vallées alpines des provinces de Cuneo et de Turin, on parlait un dialecte qui n’était ni du piémontais, ni de l’italien. Ses locuteurs ne se souciaient guère de son origine, ils se contentaient de dire qu’ils parlaient “A nostro modo”.

Mais au début du XXe siècle un linguiste s’est aperçu que cet “a nostro modo” était un dialecte vivaro- alpin de l’occitan. Plus tard François Fontan, théoricien de l’ethnisme, l’a fait savoir aux gens de ces vallées. Ils ont donc appris que leur parler qu’ils croyaient sans importance était en fait la langue des troubadours, prestigieuse au Moyen Âge.

En Italie, la pratique de l’occitan a reculé face au piémontais et à l’italien. Autrefois, il était parlé jusqu’à Coni (Cuneo), Saluzzo, Pinerolo. Aujourd’hui, il faut se rendre dans les parties moyennes et hautes des 12 vallées pour l’entendre. En revanche, il est la langue des familles, tout le monde le parle compris les enfants.

Un dialecte proche du “Gavot”
Pour le provençal que je suis, il est facile de comprendre ce dialecte “gavot” proche de celui parlé dans le Queyras. Quelques mots m’échappent par-ci par-là. Je ne parle que mon provençal maritime et les gens me comprennent, je n’essaie pas d’adapter mon parler au leur.

C’est dans la vallée Stura que la langue est le plus proche du provençal. Partout le “Si” a été adopté, mais à Blins (Bellino), haute vallée Varaita et dans peu d’autres villages, le “Oc” s’est maintenu. J’entrerai un jour dans les détails…

L’Occitan, très tendance côté Italien
Aujourd’hui, du côté italien, l’Occitanie et l’occitan sont à la mode. Beaucoup de boutiques, de bars… portent un nom occitan.
La croix occitane flotte partout. Beaucoup de villages ont choisi d’afficher leur nom occitan à leur entrée.
La musique occitane attire les jeunes. Le groupe le plus connu “Lou Dalfin” fait le plein partout. Le plus souvent les concerts sont suivis du “balèti” au son des vièles, des accordéons diatoniques et des violons. Les jeunes dansent gigues, bourrées, courantes… Je n’ai jamais essayé de danser avec eux… Ces danses, il faut les apprendre, pas question d’improviser !

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Le sifflet des montagnards

Du bon usage du sifflet.
J’ai regardé hier soir le match France-Maroc en ayant pris soin de baisser le son de mon téléviseur car les supporters marocains ont sifflé tout au long des 90 minutes les joueurs français dès qu’ils touchaient le ballon. J’ai trouvé ce comportement plutôt pitoyable mais il a eu le mérite de me faire penser à mon ami Julien Raynaud.

Il m’arrivait d’aller le retrouver en été sur la montagne de l’Adrech, dans le massif du Mercantour puis de le suivre quand il allait “retourner” son troupeau, c’est à dire lui faire changer de direction. Pour cela, il envoyait son chien d’un geste vers le troupeau puis lui donnait de loin ses ordres en sifflant. Julien avait plusieurs notes à sa disposition grâce aux mouvements de ses lèvres et de sa langue.

Jusqu’aux années 1950, les habitants de la vallée d’Aas, dans les Pyrénées, disposaient d’une véritable langue sifflée. Les Guanches des Canaries avaient la leur.
Le sifflet, “sublet” en provençal, des montagnards est de moins en moins utilisé. Celui des spectateurs du foot va continuer à agresser nos oreilles.

Photo André Abbe.

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Claude Boyer

Avenue du XVe Corps

Les villes de Fréjus, Toulon, Nice, Saint-Raphaël pour ne citer qu’elles possèdent une avenue du XVe Corps. Mais quel est donc ce régiment, pourquoi lui plutôt qu’un autre a donné son nom à tant d’avenues ?

3 août 1914
Date de la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne. Le Grand Quartier Général qui rêve encore d’assauts à cheval sabre au clair, déclare “l’attaque à outrance” contre un ennemi qui depuis 1870 a eu le temps de se préparer solidement aux frontières de l’Alsace et de la Lorraine, s’est équipé d’armes de la dernière technologie de l’époque.

Dès le 20 août, les mitrailleuses Maschinengewehr 08 (MG 08) allemandes de dernière génération laminent les troupes françaises équipées de fusils Lebel dont la conception remonte à 1886. Malgré leur vaillance, les Poilus battent en retraite ; il s’avère que cette stratégie est un échec total et bien sûr il faut trouver un bouc émissaire qui ne sera pas l’incompétence de l’état major.

Il faut faire des exemples
Dès le 24 août, le journal “Le Matin” fait paraître un article signé Auguste Gervais, article vraisemblablement rédigé par le ministre de la Guerre Alexandre Millerand.
Une division du XVe Corps composée de contingents d’Antibes, de Toulon, de Marseille, d’Aix et de Nîmes, a lâché pied devant l’ennemi. Toute l’avance que nous avions prise (…) a été perdue (…) malgré les efforts des autres corps qui participaient à l’opération et dont la tenue a été irréprochable, la défaillance du XVe Corps a entraîné la retraite sur toute la ligne. Le ministre de la Guerre (…) a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s’imposaient… À l’aveu public de l’impardonnable faiblesse des troupes de l’aimable Provence surprises par les effets terrifiants de la bataille et prises d’un subit affolement, s’ajoutera la rigueur des châtiments militaires

L’affaire du XVe Corps est née.
À l’humiliation de toute une population allaient s’ajouter exécutions pour l’exemple, rejet des soldats provençaux, refus de soigner les blessés et lourdes brimades. La réhabilitation du XVe Corps et l’amende honorable qui suivirent n’effacèrent pas les effets d’un racisme anti-méridional ambiant.
Dans plusieurs villes du Midi, boulevards, places, avenues perpétuent la mémoire de ce Quinzième Corps d’Armée accusé de lâcheté au début de la guerre pour la seule raison qu’il était composé de provençaux et de corses. Un formidable effet de stupeur avait alors saisi la Provence partagée entre la douleur et l’indignation. Malgré la réhabilitation officielle du Soldat Odde, fusillé pour l’exemple, la plaie demeurera longtemps ouverte.

Le soldat Odde
Auguste Odde est né le 29 novembre 1892 à Six-Fours (Var) et exécuté le 19 septembre 1914, injustement inculpé par un tribunal militaire sur le motif de mutilation volontaire suite à un diagnostic “rapide et arbitraire”.

Blessé le 8 septembre, Auguste Odde est examiné dans une grange par le médecin major de 1re classe Cathoire. Le médecin est chargé de désigner des mutilés volontaires possibles. Auguste Odde et sept de ses camarades, appartenant tous au XVe Corps, sont déférés au Conseil de Guerre. Le 18 septembre, six soldats, dont Auguste Odde, sont condamnés à mort pour abandon de poste en présence de l’ennemi par suite de mutilation volontaire – ce qui est faux : ils ont été blessés au combat. Le jugement sera cassé et annulé le 7 août 1917 et le 12 septembre 1918, la Cour suprême réhabilitant les soldats Odde et Tomasini.
La Cour suprême reconnaît, selon les témoignages des camarades du soldat Odde, “que ce militaire ne méritait que des félicitations sur sa manière générale de servir ; que c’était un excellent soldat, très discipliné, ayant toujours eu une belle attitude au feu et s’était fait remarquer par sa bravoure et son sang froid […], que Odde était un agent de liaison très brave et très courageux, dont l’attitude au feu avait été superbe jusqu’au jour où il avait été blessé“.

Clic ! André Neyton a écrit et mis en scène “La légende Noire du soldat O”
au Théâtre de la Méditerranée.

De nombreux fusillés pour l’exemple
Bien sûr Auguste Odde n’est pas le seul à être tombé sous les balles de ses camarades pendant la Grande Guerre. De nombreux autres soldats ont subi ce sort funeste notamment lors de ce que l’histoire retiendra comme “les mutineries de 1917” .
Nous avons à l’esprit le sort de Lucien Bersot, un Bisontin fusillé pour l’exemple sous le fallacieux motif de “désertion devant l’ennemi” car il a refusé de porter un pantalon ensanglanté, troué et boueux récupéré sur un cadavre. La France a mis longtemps à reconnaître l’iniquité de ces assassinats. Il a fallu attendre 70 ans et le discours de Lionel Jospin, alors Premier Ministre, à Craonne en 1998 pour réhabiliter ces hommes.

Petite précision de Jean-Jacques Murat :
– Outre les 9 régiments territoriaux de la gendarmerie, à la déclaration de guerre, Claude Chanteloube (le conseiller historique de “La Légende noire du soldat O”), dénombre pour le 15e C.A. (Corps d’Armée) 5 Régiments d’Infanterie (40e à Nîmes, 58e en Avignon, 173e à Bastia, 55e à Aix en Provence, 61e à Privas) et 4 régiments d’Artillerie (19e et 38e à Nîmes, 55e à Orange, 2e à Nice et Bastia).

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Autrefois…

Que font ces femmes autour de ce tonneau ? Viennent-elles chercher de l’eau ?
Pas du tout, au contraire elles apportent quelque chose : ce tonneau récolte le contenu nocturne des seaux hygiéniques…
C’était il n’y a pas si longtemps…

Carte postale : Collection personnelle de Marie-Odile Beraud

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Jean-Pierre Serra

La bruyère

Le 12 décembre correspondait généralement dans le calendrier républicain français, au 22e jour du mois de frimaire, officiellement dénommé jour de la bruyère. Je n’ai donc pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’une des traditions les plus typiques et les plus marquantes de notre village, celle des corsos fleuris autrement appelée celle de la “Mi-carême”.

Elle trouve son origine dans la « nuit des temps » et s’est perpétuée au fil des 19e et 20e. Elle a perduré avec une certaine constance durant plusieurs décennies jusqu’au début des années 70 où elle a été interrompue quelques années avant d’être ravivée à notre arrivée à la mairie en 1977 …

De 1978 à 1984, la tradition fut réactivée de magnifique façon et je peux attester que “l’esprit de nos parents” avait à nouveau investi les remises de notre village, allant même jusqu’à conduire quelques sambracitains audacieux à proposer un char eux aussi.
Elle a enfin été réactivé au 21e siècle par un groupe de Roquebrunois qui avaient décidé de renouer avec ce passé et ont organisé plusieurs de ces corsos.

Si j’ai fait le parallèle entre la bruyère et cette tradition, c’est parce que si nos corsos se déroulaient normalement le dimanche des Rameaux, donc le plus souvent au cours du mois de mars, c’était d’abord et surtout parce que c’était la période où la bruyère était en fleur …

Là était le “cœur du sujet” !
En effet, la spécificité des chars roquebrunois faisait qu’ils étaient principalement décorés avec cette bruyère dite “arborescente”, qui illumine de ses reflets blancs voire argentés nos collines à cette époque de l’année et qu’il ne faut pas confondre avec l’autre bruyère, celle qui fleurit à l’automne et dont les fleurs sont de couleur rose comme on peut le voir en ce moment.

“Dame Bruyère” était donc l’élément incontournable de la confection des chars depuis l’origine, même si au fil du temps, d’autres éléments de décoration végétale, comme le lierre notamment, ou florale comme les soucis, les gerberas ou encore les œillets, ont permis de colorer chars et sujets…
Aussi, pour réussir cette phase parmi les plus importantes et les plus délicates de la confection du char, il fallait tout d’abord respecter certaines règles lors de la cueillette, mais surtout de la pose. Dans ce cas encore, la complémentarité des équipes faisait merveille, car les cueilleurs n’étaient pas forcément les poseurs.

Après avoir choisi les coins où elle fleurissait abondamment, il fallait sélectionner les brins les plus fleuris mais aussi les mieux “structurés”, d’autant qu’à leur retour dans les remises, ils seraient triés et préparés pour la pose selon une technique ancestrale.
En effet, c’est sur des châssis en fer ou en bois recouverts de grillage que la bruyère devait être tressée, de façon régulière, dense, harmonieuse, à l’instar d’une broderie en dentelles. Cette technique de tressage était transmise de génération en génération et dans chaque équipe, des “experts” étaient dédiés à cette tâche. Dans certains cas, en l’absence de spécialistes, c’étaient les “anciens” ou tout au moins les plus âgés qui étaient appelés à la rescousse.
Il faut préciser qu’au-delà du sujet choisi, l’image du char était souvent valorisée par la façon dont la bruyère avait été posée, taillée et répartie sur l’ensemble.

Aussi, pour rendre hommage à “Dame Bruyère”, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce montage que j’ai réalisé à partir de photos et/ou de documents d’archives sur les corsos, documents que je conserve précieusement et que je tiens à faire partager chaque année à la fin du mois de mars et au début du mois d’avril. Il retrace d’abord les différentes étapes de ce processus depuis la cueillette jusqu’à la pose, avant de proposer quelques illustrations des résultats finaux.

Ce ne sont que quelques exemples et je vous donne rendez-vous l’an prochain pour revisiter au fil du temps, cette tradition séculaire afin de ne pas oublier ces magnifiques tranches de vie qui ont permis à ces générations de “communier” dans le même esprit et de converger vers ce même objectif de proposer un spectacle qui fasse honneur à nos aînés…

Clic ! La bruyère

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Régine Soyris

La cueillette des champignons !

Cette année dame Nature a été très généreuse. Ça donne du plaisir en les ramassant… du plaisir en les cuisinant… et encore du plaisir en les dégustant !
Comment préparez-vous les safranés ?

Photo Régine Soyris

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Pour illustrer un prochain article de Claude Boyer sur le film d’Henri-Georges Clouzot Le Salaire de la peur (sorti en 1953) – et afin d’éviter les images vues et revues sur Internet – Passadoc recherche des photos récentes et archives du Gard. Et notamment :

  • L’ancien camp de Saliers sur la commune d’Arles.
  • La bambouseraie d’Anduze.
  • La Camargue.
  • La rive gauche du Gardon entre l’ancien Hôtel et la source de la Canelle.
  • Les virages de la D 979, traversant le camp des Garrigues (entre Nîmes et Uzès)..
  • La route de la Baume (ancienne D 127) en limite du village de Poulx.

Merci d’avance ! On attend vos commentaires ou vos messages privés…

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EN VENTE ICI

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C’est facile !

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