La Gazette de Passadoc – N° 163

L'hebdo 163

Ah ! les femmes !

Journée internationale des droits des femmes…

Une journaliste de renom écrivait récemment : Je voudrais que cette journée soit définitivement rayée du calendrier ; cela signifierait que partout dans le monde, les droits des femmes sont enfin reconnus, que la bataille – car c’en est une ! – pour l’égalité hommes-femmes est enfin gagnée… Hélas, la victoire n’est pas pour demain…

C’est que le mal vient de loin !

– Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et quelques philosophes affirment que le statut  des femmes est une question de “bon sens” en raison de sa “nature inférieure”.

– Pour Napoléon Bonaparte, le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. (art. 213 du code civil).

On pourrait multiplier les exemples.

Les mouvements en faveur des droits des femmes prennent naissance aux États-Unis en 1848 sous l’impulsion d’Élisabeth Cady Stanton. Toute sa vie elle luttera pour que les femmes acquièrent la liberté de disposer de leurs salaires, pour leurs droits à l’héritage, pour le droit de vote, etc. ; un droit que le Congrès adoptera en 1919, soit 17 ans après sa mort.

En Nouvelle-Zélande, le droit de vote est accordé aux femmes en 1893… en France, seulement en 1944 ! En 1965, les femmes françaises peuvent travailler, ouvrir un compte et signer des chèques sans avoir à demander l’autorisation de leurs maris.

Enfin pour sourire : depuis 2012 – très précisément le 12 juillet – elles peuvent porter le pantalon sans contrevenir à la loi ! Le sénateur Alain Houpert avait déniché une règle juridique datant du 26 brumaire an IX (17 novembre 1800) précisant que toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation. Il en demanda l’abrogation à Najat Vallaud-Belkacem,  ministre des Droits des femmes (2012 à 2014).

Un sourire qui s’efface vite si l’on considère le sort de trop de femmes africaines toujours soumises à l’excision ; celui des femmes chinoises : la politique de l’enfant unique les contraint à l’avortement, voire à la stérilisation par la force. Heureusement, depuis 2021, la planification des naissances s’assouplit.

  • En Italie, on offre aux dames des petits bouquets de mimosa (symbole de la force féminine).

     

  • Au Chili, on défile dans les rues de Santiago en arborant des foulards verts et violets (couleurs symboles des luttes féministes).

  •  En Argentine, des milliers de personnes sont attendues dans les rues d’Argentine ; là-bas aussi, le vert et le violet seront à la fête !
Mimosa et Rocher de Roquebrune - photo André Abbe

Terminons par une citation de la malicieuse Colette* qui, libre au point de scandaliser “les bien-pensants” qui l’entouraient, écrivit :
La femme est capable de tous les exercices de l’homme… sauf de faire pipi debout contre un mur.

Jeanne Monin

Recherches sur plusieurs sites dont Wikipédia → citations de J.-J. Rousseau et Napoléon Bonaparte.

*Colette (1873-1954). Femme de lettres, romancière. Son écriture audacieuse, “ciselée” disent certains, pleine des senteurs de la terre de Saint-Sauveur-en-Puisaye, est vite remarquée par Aragon, Mauriac, et quelques autres. Sa vie de femme libre – comédienne, elle joue quasiment nue sur scène, elle coupe ses cheveux “à la garçonne”, elle affiche sa bisexualité – lui vaut bien des attaques de ses contemporains.

Artiste… Tête de femme… Bergère…

Photos André Abbe.

8 mars… Journée internationale des droits des femmes…
Sans doute là pour bien des années encore, hélas…

Écoutez ma chanson bien douceQue Verlaine aurait su mieux faireElle se veut discrète et légèreUn frisson d’eau sur de la mousse

  • Les échos de la semaine
    L’horloge du clocher
    La fenêtre…
    Le marché du Muy
    Jours de fête !
    Entrevaux

  • Passadoc
    Le leporello !

L'horloge du clocher

Le campanile d’Aups                               La Tour de l’Horloge à Draguignan

Marie-Dominique Germain
La tour de l’horloge entièrement restaurée est toute belle !

François Abbe
Comment lire l’heure quand on n’a pas de montre et qu’il n’y a pas d’horloge au clocher ? 
Au village, les agriculteurs avaient une astuce : lorsque le soleil dessinait une forme spécifique sur le Rocher de Roquebrune, ils savaient qu’il était midi et donc l’heure d’arrêter le travail des champs !…

Claude Boyer
Idem avec la falaise de la Baume Rainaude située dans la colle du Rouet. Lorsqu’elle passe dans l’ombre c’est qu’il est midi d’où son nom de “rocher de midi” donné par les vendangeurs….

Photo Claude Boyer

La fenêtre...

Pas besoin d’internet : il suffit d’ouvrir la fenêtre pour avoir du spectacle.
Mais que peuvent bien se dire ces deux femmes en regardant le corso fleuri de 1978 à Roquebrune-sur-Argens (Var) ?

Jeanne Monin
À les voir comme poser sur le rebord de la fenêtre, tels des oiseaux de passage, on a envie de s’approcher pour les écouter… Il semble qu’elles évoquent leur jeunesse…
 
Ah ! Louise… tout cela me rappelle ma rencontre avec Martin… Cette année-là, pour la première fois, mes parents avaient accepté que je participe au défilé… J’étais fière si tu savais ! Je marchais près de Brigand que je tenais par le licol. Il me semble bien que notre cheval avec sa crinière piquetée de fleurs en papier était aussi fier que moi !
 
Et puis soudain un coup de vent… et voilà mon chapeau de paille qui s’envole ! … C’est Martin qui me l’a rapporté… On s’est retrouvés le soir au bal… et quelques années plus tard, on s’est mariés…
 
Martin prétendait que le mot “bonheur” avait été créé pour nous ! Et c’est vrai qu’on était heureux ! Un an après Mireille est née… et j’étais enceinte quand la guerre de 39 a éclaté.
 
Francette arrête de raconter. À quoi bon ? Louise sait bien que le petit Pierre n’a jamais connu son papa, mort dès les premiers combats.
 
 
Mais peut-être médisent-elles, posées sur le rebord de la fenêtre, telles de vieilles pies, le bec empli de fiel et de commérages… Et c’est là une toute autre histoire !
 
Dieu Jésus ! T’as vu la petite Mireille comment elle est habillée ! Il fait chaud, certes… mais quand même…
– Quelle dévergondée ! Paraît qu’on la voit souvent avec Julien, le fils du boucher…
– Non ?
– Si ! Paraît même qu’ils vont à la plage ensemble !
– Eh bien ils vont être contents les pères quand ils vont apprendre ça !
– C’est vrai que ces deux familles-là ne s’entendent guère ! Tu sais pourquoi ?
– Une vieille histoire de bornage qui remonte aux arrière-grands-parents.

Le marché du Muy

François Abbe
Chaque dimanche, c’est jour de marché au Muy. Pourquoi aimons-nous ce marché ? Parce qu’il est grand, fait pour les locaux (les touristes sont les bienvenus, bien sûr !), vivant et dynamique toute l’année.

Aujourd’hui, plus de 200 exposants s’installent chaque semaine sous les platanes et proposent des produits des terroirs locaux ou régionaux, des plats cuisinés, des épices et aromates. Étaient-ils aussi nombreux à l’époque où André Abbe a pris la photo ?

Le Muy n’est pas un village touristique comme Le Castelet ou Saint-Paul-de-Vence. Il est situé à la sortie d’autoroute pour les Gorges du Verdon, Saint-Tropez, etc.

Jeanne Monin
Mais où sont les marchés d’antan, plein de senteurs et d’appels des commerçants ?

– Elle est belle, elle est belle ma salade ! appelait le marchand de légumes tandis que le poissonnier lui répondait :

– Elle est fraîche, elle est fraîche ma sardine !

Mais Claude lui montra, de l’autre côté du banc, le marché aux aromates. Le long du carreau de la triperie, on eût dit des champs de thym, de lavande, d’ail, d’échalote ; et les marchandes avaient enlacé, autour des jeunes platanes du trottoir, de hautes branches de laurier qui faisaient des trophées de verdure. C’était l’odeur puissante du laurier qui dominait.
Le Ventre de Paris (1873) – É. Zola
 
Est-ce parce que tout est aseptisé, réfrigéré que nos marchés sont devenus sans saveurs et sans odeurs ?
Claude Boyer
À l’entrée Est du Muy il y a la Tour Notre Dame. Édifiée au XIIIe siècle, plus communément appelée Tour Charles Quint  en souvenir de la résistance des muyois qui s’opposèrent en 1526 à l’empereur qui envahissait la Provence.
 
Aujourd’hui, elle abrite une partie de la collection du Musée de la Libération.
Cette tour existait probablement en 1252. En effet, lors de l’inventaire des biens du nouveau Comte de Provence, Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, dans la cité de “Modio” (Ancien nom du Muy), il est dit qu’il existe une tour.
 
Cette tour, très imposante marque le village depuis cette époque.
Elle est le théâtre en 1526 d’une page d’histoire locale, qui a fait couler beaucoup d’encre.

En effet, des habitants du Muy s’enfermèrent dans l’édifice avec l’intention d’assassiner l’empereur Charles Quint, qui envahit la Provence et va se faire couronner à Arles.
Ralenti dans sa progression par cette résistance, l’empereur leur promit la vie sauve s’ils se rendaient. Ils se rendirent mais furent pendus.

Au cours de l’assaut, ils blessent mortellement un homme bien habillé qu’il prennent pour l’empereur, le poète Garcilaso de la Véga, capitaine des armées impériales. Il mourut à Nice.

Jours de fête !

Jour de fête en Provence…  On entend la musique et la foule se presse pour gagner la Place Perrin ! (Roquebrune) – Photos – A. Abbe

Place Perrin (1979), une place qui a peu changé. C’était jour de fête à Roquebrune et des saltimbanques se produisaient devant un public attentif et bon enfant…
Peut-être vous reconnaîtrez-vous !

Madame et Monsieur ABBE, les parents d’André, sont au balcon de leur maison, quasi voisins de mes grands-parents maternels (Marie-Charlotte et Joseph Heraud) qui habitaient au 6 de l’impasse Barbacane, juste un peu en contre-bas …

Souvenir de 1978, toujours à Roquebrune-sur-Argens (Var), berceau de la famille Abbe !
Le corso fleuri montait vers  la place Perrin, en faisait plusieurs fois le tour
et redescendait par le même chemin qu’à l’aller.

Élise Savine
À quand une nouvelle Mi-Carême à Roquebrune ? Le comité des fêtes devrait s’en préoccuper… Peut-être pas assez de bénévoles pour l’organisation…
[…]
Passadoc est une très grande richesse et je suis très admiratrice de retrouver ce “Passé” qui nous fait rêver. Ce que certains n’ont pas vécu … J’admire et je tire très haut mon chapeau à l’association et encore plus à André et François.

Jeanne Monin
Petite tristesse de voir que dans trop de petites villes, les fêtes se meurent… Les manèges, les loteries ne s’installent plus sur les places ; les chevaux de bois ne proposent que de sages promenades au pas alors que les enfants d’aujourd’hui rêvent de chevauchées au galop.
La vie a changé de rythme et le bénévolat est de plus en plus volatile !

Passadoc… Il y a trois ans, invitée par un ami, j’ai poussé la porte et je suis toujours là, épatée par la folle aventure d’André et François : sauver 100 000 diapos.

Entrevaux

Qui connaît Entrevaux (Alpes de Haute Provence) ?
Qui est déjà arrivé au village accompagné d’un millier d’amis à quatre pattes  ?
Photo : le berger Julien Raynaud en juin 1979 - André Abbe

Claude Boyer
Entrevaux… on distingue la forteresse
en haut du piton rocheux.

Jean-Philippe Tinois
J’ai eu ce bonheur trois ans de suite, partagé avec mon fils ; on accompagnait les bergers, on les aidait, suivant un itinéraire privilégié passant par les gorges du Blavet, Seillans chez M. Christine viticulteur, la Clue de Saint-Auban, Seranon, Ubraye, Annot , puis le Brush qui passait par le camp de Canjuers (et des vestiges de voie romaine), un droit accordé par la reine Jeanne et que les militaires respectent avec raison car le chemin ainsi est proche de la ligne droite.

Le bivouac de fin de journée se faisait chez deux personnes, sœurs ou mère et fille, vivant dans un corps de ferme pouvant abriter 50 personnes, un lieu qu’elles entretenaient du mieux qu’elles pouvaient.

On sentait qu’il y avait eu de la vie à cet endroit mais que la suite n’était pas là ; ces deux personnes étaient d’ailleurs très farouches car habituées à vivre seules et à la rude.

Ensuite, après Annot, commençait la vraie montagne avec à l’arrivée et la fin du voyage, une soirée où les histoires drôles ou tristes circulaient adoucies ou amplifiées par quelques bons verres de vins, un bon feu… des souvenirs évoqués par les anciens… la découverte du travail de berger d’estive qui ressemble à un “couteau suisse” : observateur, accoucheur, chirurgien, etc.

Le lendemain, visite du vallon avec ses arbres gigantesques dont on ne pouvait faire le tour à 10, des géants qui peut-être – du moins on le croyait – avaient vu passer Hannibal et ses éléphants. 

À noter que l’ordre des villages cités n’est peut-être pas celui géographique mais juste celui de ma mémoire et qu’Hannibal est sans doute passé ailleurs mais il ne me l’a pas dit.

Noelie Rebuffel Huys
Entrevaux… J’y suis arrivé en 1975. Avec Julien et Bellini, on avait dormi au pont de Guedan ; à l’époque il y avait une énorme porcherie là où aujourd’hui se trouvent les travaux publics Cozzi. Et après le lendemain, les gorges du Dalui… Souvenirs, souvenirs.
 
Jean-Pierre Violino
Entrevaux… Je connais ! L’été dernier grosse chaleur dans les ruelles.
 

Le leporello !

  • Sont cité dans La Gazette :
    André Abbe
    François Abbe
    Claude Boyer
    Marie-Dominique Germain
    Jeanne Monin
    Noelie Rebuffel Huys
    Élise Savine
    Jean-Philippe Tinois
    Jean-Pierre Violino

  • Rédactrice en chef :
    Jeanne Monin

Passadoc