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La Gazette de Passadoc – N° 103

  • Échos  de la semaine
    La lettre aux Passadociens !
    La Placette Mayol
    Et puis voici des vers…
    Honneur aux étrangers
    La Baío de Sampeyre
    La bravade de Saint-Tropez
    Souvenir de vendanges
    Les martyrs de la Tour Charles Quint
    La laine de chez nous
    .
  • La Bibliothèque de Passadoc
    Roquebrune en images

François Abbe

La Placette Mayol

Passadoc est né à Roquebrune sur Argens, plus précisément sur la placette Mayol où se trouve la maison familiale Abbe mais pas que… Avois, Henriot, Marquet sont d’autres familles attachées à cette place.
 
Tandis que les enfants jouaient, les parents s’entraidaient, “prenaient le frais” en été après une dure journée de labeur sous le soleil. D’indéfectibles amitiés sont nées…
 
 

André Abbe

Et puis voici des vers...

Honneur aux étrangers !

La banderole était tendue au-dessus de l’entrée de Roquebrune pendant la Fête de Notre Dame… les étrangers de l’époque c’étaient les gens du Puget et du Muy, villages les plus proches, sur l’autre rive de l’Argens. Ceux qui venaient de loin ou de …très loin étaient appelés “Les étrangers du dehors”.

Aujourd’hui, les étrangers en Provence viennent pour travailler, passer leur retraite ou leurs vacances… et nous aurions du mal à définir ce qu’on appelle “un étranger”. La nationalité écrite sur le passeport est trompeuse. Dans ma commune, les oléiculteurs les plus performants sont Belges. Pour moi, ce ne sont pas des étrangers.

J’aurais tort d’être hostile aux étrangers… étant étranger moi-même quand je voyage !

Je ne résiste pas au plaisir de donner un coup de chapeau photographique à un Anglais du Var qui était venu avec sa chienne Bella manifester à Brignoles contre le projet de recherche des filons de gaz de schiste dans le sous-sol varois, qui aurait précédé de peu l’exploitation, soyons-en sûr. En 2020, ce gaz ne vaut plus grand chose après la chute des cours du pétrole. Les Américains ne savent plus quoi en faire. Cette exploitation aurait saccagé notre pays et fait un flop financier.

Nous n’étions pas très nombreux à manifester à Brignoles, 99 sur cent des Varois de souche étaient restés chez eux, mais l’Anglais du Var était présent !

La Baío de Sampeyre

Cette photo du regretté Meo à l'accordéon date de 1997 ou de 2007... je ne me souviens plus.

Quelles sont les dates de la Baío de Sampeyre (province de Cuneo) qui aura lieu cet hiver ?

Soyez patients. Traditionnellement les dates sont décidées le jour de l’Épiphanie, jamais avant.

La Baío a lieu pendant les années en 2 et en 7, mais la Covid a obligé les organisateurs à la renvoyer à plus tard.  Je vous tiens au courant !

La tradition a été respectée !
 
Il aura fallu attendre l’Épiphanie pour connaître les dates de la Baío 2023. Elle aura lieu les dimanches 5 et 12, le jeudi 16 février à Sampeyre (vallée Varaita- province de Cuneo).
 
La richesse des costumes portés uniquement par les garçons et les hommes justifie à elle seule le voyage. Vous aurez en plus la musique, la danse et le dialecte occitan de cette vallée.
 
En 2007, j’avais photographié mon copain Daire, la pipe à la bouche, jouant du violon. J’avais retrouvé Jan Peire et Fredo, en uniforme de la Baío de Chucheis, une des composantes de la magnifique Baío de Sampeire…

La Bravade de Saint-Tropez

Dans les années 80, j’allais chaque an à la Bravade à Saint-Tropez ; elle continue selon le même cérémonial.

Beaucoup de gens croient à tort que c’est une fête organisée pour les touristes. Faux, c’est une tradition liée à l’histoire de la ville que les Tropéziens respectent.

Récemment un documentaire (télévision) sur les années 60 et 70 racontait l’amour libre, les nuits blanches, les play-boys à Saint-Tropez avec Brigitte Bardot en figure de proue. Une fois de plus, le commentateur parlait “d’un village de pêcheurs”, c’est faux également.

Saint-Tropez était un port de commerce florissant où il y avait quelques pêcheurs. L’image du port de pêche est tenace. Les pécheurs adeptes de l’amour libre surabondent à Saint-Tropez mais les pêcheurs professionnels se comptent sur les doigts d’une main. Les yachts de luxe ont remplacé les cargos, les pointus et les mourre de pouar.

Au sujet de l’amour libre, que ses adeptes se rassurent : c’est un péché véniel !

Marie-Dominique Germain :
Il y a deux bravades à Saint-Tropez : l’une pour célébrer la fête du saint patron de la ville (mois de mai)  ; l’autre, la bravade des Espa-gnols (juin), pour commémorer la victoire des Tropéziens sur l’envahisseur espagnol le 15 juin 1637. Bonnes Bravades 2023 !
Maquette - Musée de Marseille

 

Mourre de pouar [ainsi appelé en raison de son éperon qui fait penser à un groin de porc] : c’est un bateau de pêche traditionnel du littoral provençal et languedocien. Avec son éperon caractéristique, le mourre de pouar se reconnaît également à son mât incliné vers l’arrière et ses formes arrières arrondies.

(Recherches divers dico. Jeanne Monin)

Souvenir de vendanges...

Cette photo est prise pendant les vendanges 1974 à Peyrolles (Bouches du Rhône, au nord d’Aix). “Union et Travail” quel beau nom pour une coopérative. Mon regretté ami Gilbert Henry — maire de Rougiers (Var) et président de la Fédération Régionale de la Coopération Agricole dans les années 80 – portait haut ces valeurs de solidarité paysanne.

Valérie Lamaix

Les martyrs de la Tour Charles Quint

Tous ceux qui connaissent ou ont visité Le Muy ont vu cette fameuse tour ronde qui domine l’entrée est de la ville et qui abrite aujourd’hui le Musée de la Libération.

Cette tour édifiée au XIIIe siècle, appelée Tour Notre-Dame, est le témoin d’un événement historique et local qui s’est déroulé en 1536 et qui, depuis, lui vaut le nom de Tour Charles Quint. C’est l’histoire des Martyrs de la Tour et de la mort du poète Espagnol Garcilaso de La Vega que je vais vous conter aujourd’hui.

Cette histoire nous replonge dans la première moitié du XVIe siècle au temps des invasions en Provence par les troupes impériales de Charles Quint. Charles Quint, à la fois Empereur d’Allemagne, d’Autriche, roi d’Espagne, domine le monde et encercle la France (dont la Provence fait partie depuis 1481).

Vingt ans durant, l’empereur et François Ier se sont fait la guerre et par deux fois Charles Quint a envahi la Provence : en juin 1524, l’empereur s’empare successivement de Fréjus, Brignoles, Saint-Maximin et Aix avant d’assiéger Marseille ; mais pris en tenaille, il repart, vaincu, en Italie en octobre de la même année.

Qu’à cela ne tienne : en 1536, Charles Quint retente sa chance avec cette fois-ci une armée beaucoup plus nombreuse et beaucoup mieux préparée. C’est là, en 1536, durant la seconde invasion que se situe notre histoire.

Le 22 Juin 1536, les troupes de Charles Quint partent d’Asti en direction de notre Provence avec une armée impressionnante : 400 seigneurs, ou fils de seigneurs, 2 300 lanciers, 2 450 chevau-légers, 10 000 fantassins espagnols, 24 000 Allemands et 9 400 Italiens, sans compter des milliers d’autres soldats arrivés par bateau sur les côtes méditerranéennes.

Le 4 août 1536, toute cette troupe arrive au Muy, y érige un camp, y passe la nuit avant de repartir à la conquête d’Aix (via Draguignan qui tomba le 26 Juillet puis Brignoles et Saint-Maximin). À ce moment, Charles Quint ne savait pas que le 19 septembre suivant il repasserait au Muy honteux, confus et battu par un ennemi invisible.

Il faut dire que François Ier avait décidé de mener une guerre particulière : éviter à tout prix l’affrontement et pratiquer la politique de la “terre brulée” qui consiste à priver son ennemi de toutes les ressources nécessaires

Sur ordre du roi François Ier, au Muy, à Vidauban et à Lorgues, comme partout sur le passage des troupes, on détruit récoltes, moulins, on brûle les réserves, on comble les puits et on empêche les soldats de l’empire chargés de l’approvisionnement de se fournir ou de piller les villages.

C’est ainsi que Charles Quint ne rencontra que peu de résistance sur son chemin (les villes et villages y compris Aix furent désertés) ; il réussit même à se faire couronner roi de Provence à Aix. C’est aussi à partir de ce moment-là que cette invasion, si facile jusqu’ici, commença à prendre fin. Les troupes impériales, continuellement harcelées par l’armée française et obligées de ne se nourrir que de fruits verts, furent minées par une terrible épidémie de dysenterie. Plus de 20 000 hommes moururent en très peu de temps, contraignant Charles Quint à faire demi-tour et rentrer chez lui, tête basse en traversant une dernière fois le Var et Le Muy.

Le mardi 19 septembre 1536 (un doute subsiste sur la date : 12, 13 ou 19), le reste de la troupe impériale arriva au Muy et fut considé-rablement ralenti dans sa retraite car un guet-apens ourdi par une dizaine de Muyois (50 selon certains) eut lieu au pied de la fameuse Tour Sainte-Anne de cette belle ville du Muy.

Il faut dire qu’au Muy, à cette époque, on était français depuis peu mais fier de l’être et que défendre ses libertés contre l’envahisseur était une obligation. Une douzaine de Muyois fidèles au roi et courageux ont donc tendu un piège à l’omnipotent empereur. Le piège était simple : on s’enferme dans la tour armé d’arquebuses, on attend le passage de l’empereur et de sa suite et on tire dans le tas ! Comment recon-naître l’empereur et sa suite ? Très simple : quand une caravane avec autour des gens forts bien vêtus passera au pied de la tour, à coup sûr il s’agira de l’empereur et c’est là qu’il faudra tirer. Il faut saluer là le courage de ces Muyois, qui savaient pertinemment qu’ils ne ressortiraient pas vivants de ce piège tendu.

La troupe impériale commença son long défilé quand soudain les Muyois virent arriver un homme d’une haute stature assis sur un cheval blanc, fort bien habillé et entouré de tout un cortège qu’ils prirent aussitôt pour l’empereur.

S’ensuivirent de nombreux coups de feu et l’homme pris pour Charles Quint fut abattu.

Malheureusement pour nos Muyois, il y a eu erreur sur la personne : l’homme abattu ne fut pas Charles Quint mais le soldat poète Garcilaso de La Vega. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas ce poète, sachez qu’en Espagne il est aujourd’hui considéré comme un des auteurs majeurs de la littérature espagnole.

Ce piège tendu à l’empereur ne resta pas impuni, l’empereur fit tirer quelques coups de canons, ordonna l’assaut de la Tour. Toutefois pour éviter de trop perdre de temps, Charles Quint, après quelques assauts, décida de négocier plutôt que d’attaquer. Il promit la vie sauve aux Muyois s’ils se rendaient. Les Muyois acceptèrent l’offre de l’empereur, se rendirent… avant d’être tous pendus au pied de la Tour. Charles Quint n’a bien entendu pas respecté sa parole et s’est ainsi vengé de la mort de son ami poète.
Après cet assaut et ces exécutions sommaires, les troupes repartirent vers Nice et l’Italie sans jamais revenir en Provence.

Les défaites en Provence restent dans l’histoire comme les plus gros échecs de Charles Quint. Il laissa la Provence dans un état déplorable, où famines et misères régnèrent pendant de nombreux mois suite à cette invasion !

Je tiens à préciser ici qu’une autre version (probablement véridique mais moins romanesque d’où son oubli…) existe concernant la mort du poète au Muy : Garcilaso se serait blessé lors de l’assaut de la tour en tombant d’une échelle. Il serait mort à Nice quelques jours plus tard des suites de sa blessure.

Mais qu’importe les versions, l’important est de savoir que quelques braves hommes courageux se sont élevés contre l’envahisseur. Cette action est à mon sens plus que symbolique car ce fut une des premières actions prouvant l’attachement de la Provence à la France.

Depuis ce jour la Tour Saint-Anne se fait appeler Tour Charles Quint en hommage à ces martyrs du Muy, tombés depuis quelque peu dans l’oubli.

Photo André Abbe

André Abbe  :  il y a 480 ans, les Espagnols combattaient en Provence. En témoignent trois plaques commémoratives :
Une plaque en espagnol à la gloire du prince des poètes Garcilaso de la Vega blessé à mort “par erreur” au pied de cette tour.
Une plaque en français, hommage à Garcilasso, avec un “s” de trop à son nom.
Une plaque en provençal à la gloire des Muyois qui ont payé de leur vie ce coup d’arquebuse.

Depuis près de 500 ans, le bouche-à-oreille des Muyois raconte que sur la tour il y avait 12 adultes qui ont été pendus et un adolescent qui a eu la vie sauve mais les oreilles coupées.

Patrick Fabre

La laine de chez nous...

Patrick Fabre – directeur de la Maison de la Transhumance – raconte :

Bien que longtemps considérée comme la principale production de l’élevage ovin, la laine est en effet aujourd’hui classée par l’Union européenne comme un “sous-produit animal”.

Depuis les années 1950, les fibres synthé-tiques dominent le marché du textile, la laine représentant moins de 2 % des fibres utilisées au niveau mondial.

En France, de nombreuses entreprises du textile ont fermé ou ont été délocalisées. Actuellement, la plupart des laines françaises sont ainsi envoyées en Chine pour être lavées et transformées industriellement, puis reviennent en France ou dans les pays voisins sous forme de produits finis. Aux plus mauvaises périodes, la vente de la laine brute ne payait même plus le tondeur, ce qui faisait qu’elle apparaissait auprès des éleveurs comme un déchet encombrant et générateur de coût.

Depuis quelques années, la laine retrouve toutefois de l’élan dans des domaines variés comme l’habitat, l’ameublement et surtout l’habillement. L’attention récente aux res-sources naturelles et renouvelables, la recher-che de la traçabilité des produits, l’intérêt pour les petites structures de transformation dans le cadre du développement territorial, pour les races à faibles effectif, donnent de nouvelles impulsions à la valorisation de la laine. Partout en France, les initiatives, individuelles ou collectives, se développent.

Dans le sud-est, en complément des entre-prises existantes : manufacture Brun de Vian Tiran (Vaucluse), SCOP Ardelaine (Ardèche), filatures de Chantemerle et du Valgaudemar (Hautes-Alpes), de plus en plus d’éleveurs réapprennent à trier la laine et à la valoriser sous formes de pelotes, de vêtements ou de tapis.

C’est le cas de l’association Raiolaine, où une vingtaine d’éleveurs de brebis raïole, installés dans le Gard, l’Hérault, la Lozère, l’Aveyron et l’Ardèche, relancent une activité lainière locale pour la literie, le feutre, le fil ou encore le tissage.

Dans les Alpes-Maritimes, les éleveurs se rendent en Sardaigne pour faire transformer la laine de brebis brigasques, longue et très résistante, pour la fabrication de tapis. Cette initiative permet également de faire la pro-motion de la race brigasque, typique des Alpes du Sud et du Piémont italien, mais en voie de disparition.

L’association Mérilainos, qui rassemble une quinzaine d’éleveurs, fait transformer en Piémont la laine de brebis mérinos d’Arles en laine peignée. Chaque éleveur est ensuite responsable de la vente de la laine, le plus souvent au détail sous forme de pelotes et, pour certains, en kits à tricoter et sous-vêtements.

Comme le rappellera l’exposition “Bête à laine : le mérinos d’Arles”, inaugurée le vendredi 18 mai au Musée des Alpilles (Saint-Rémy-de-Provence), la race mérinos d’Arles a été créée voici plus de deux cents ans en Pays d’Arles pour améliorer la qualité des laines issues des races locales. Elle produit aujourd’hui la plus fine d’Europe et la plus gonflante au monde, et est logiquement celle dont les cours sont actuellement les plus porteurs.

La Maison de la transhumance prend sa part dans ce nouvel élan, avec l’organisation récente pour les éleveurs d’un voyage dans le piémont italien, ainsi que le développement de vêtements de randonnée dans le cadre du projet La Routo.

Alors, faut-il croire de nouveau en la laine ? Pourquoi pas !

Bélier de race mérinos - Arles - Domaine du Merle - 2017